Micro-entrepreneur : acheter ou louer son matériel, le vrai calcul

Micro-entrepreneur : acheter ou louer son matériel, le vrai calcul

Un vidéaste installé en micro-entreprise depuis un an hésite devant un kit qui lui fait envie : un boîtier, deux objectifs, un micro et un stabilisateur, pour 7 200 euros TTC. Aujourd’hui, il loue l’équivalent chez un loueur, disons 150 euros la journée de tournage. Faut-il franchir le pas ? Sur les forums, la réponse fuse souvent : « Achète, c’est déductible. » Pour un micro-entrepreneur, c’est faux, et c’est par là qu’il faut commencer.

En micro-entreprise, ni l’achat ni la location ne réduisent vos cotisations

Le régime micro repose sur le chiffre d’affaires, pas sur le bénéfice. Les cotisations sociales sont calculées sur ce que vous encaissez. L’impôt, lui, porte sur ce chiffre diminué d’un abattement forfaitaire : 71 % pour la vente de marchandises, 50 % pour les prestations de services commerciales ou artisanales, 34 % pour les activités libérales (sauf option pour le versement libératoire, calculé lui aussi sur le chiffre d’affaires). Cet abattement est réputé couvrir tous vos frais. Acheter une caméra à 7 200 euros ou payer 150 euros de location ne change donc rien à vos cotisations ni à votre impôt.

Autre conséquence souvent oubliée : en franchise en base de TVA, vous ne facturez pas de TVA et vous ne récupérez pas celle que vous payez. Le prix à comparer est donc le prix TTC, pour l’achat comme pour la location. La décision se joue sur deux terrains seulement, votre trésorerie et l’usage réel que vous ferez du matériel.

Ce que coûte vraiment l’achat, crédit compris

Notre vidéaste n’a pas 7 200 euros d’avance. Il envisage un prêt sur trois ans au taux nominal de 5 % : la mensualité ressort à 215,79 euros et les intérêts à 568 euros environ. L’achat lui revient donc à près de 7 770 euros, étalés sur 36 mois. Payer comptant éviterait ces intérêts, mais viderait la trésorerie au moment où elle sert à passer les mois creux et à régler les cotisations. Avant de signer une offre de financement, mieux vaut refaire le calcul soi-même : le simulateur de tableau d’amortissement publié sur reseau-iae.org donne la mensualité, le coût total des intérêts et le total remboursé, avec un détail par année ou par mois, et permet d’ajouter le coût d’une assurance emprunteur.

À ce montant s’ajoutent des frais que l’on n’intègre presque jamais au premier calcul : l’assurance du matériel, indispensable dès qu’il quitte le bureau, l’entretien, les accessoires qui finissent par manquer. En face, il y a la valeur de revente. Le matériel vidéo trouve preneur d’occasion, mais sa cote baisse vite quand une nouvelle génération sort ; mieux vaut tabler sur une fraction modeste du prix d’achat au bout de trois ans que sur la cote d’aujourd’hui.

La location, et le point où l’achat devient rentable

À 150 euros la journée, 7 770 euros représentent environ 52 jours de location. Si le vidéaste tourne 20 jours par an, il lui faudrait plus de deux ans et demi pour rentabiliser l’achat, assurance non comprise. À 50 jours par an, le kit est amorti en un peu plus d’un an, bien avant la dernière mensualité.

La location a des atouts que ce calcul ne montre pas. Elle donne accès à du matériel récent sans immobiliser de trésorerie au moment où l’activité démarre, et elle s’adapte au tournage : une captation de concert en basse lumière n’appelle pas le même équipement qu’une interview en studio. Son défaut est pratique. Un matériel loué se réserve, et il n’est pas toujours disponible la veille d’un tournage décroché au dernier moment.

Refacturer la location au client : gare au chiffre d’affaires

Beaucoup de prestataires refacturent la location sur une ligne à part. C’est légitime, mais en micro-entreprise cette somme s’ajoute à votre chiffre d’affaires : elle supporte des cotisations et compte pour les seuils du régime. Seuls les vrais débours, des dépenses engagées au nom et pour le compte du client, justificatif à l’appui, échappent à ce traitement. Une location de matériel que vous utilisez vous-même n’entre pas dans cette catégorie.

Concrètement, refacturer 20 jours de location à 150 euros ajoute 3 000 euros de chiffre d’affaires sur lesquels notre vidéaste paiera des cotisations. Refacturée à l’euro près, la location lui coûte donc de l’argent. S’il la fait apparaître sur ses devis, elle doit porter une marge, ou mieux, être intégrée dans son tarif journalier, ce qui évite au passage d’offrir au client une ligne facile à négocier.

Avant de trancher, ressortez vos factures de location des douze derniers mois et comptez les jours où vous avez réellement tourné avec du matériel loué. C’est ce chiffre, et non l’envie d’avoir son propre équipement, qui doit décider ; s’il reste loin du point de bascule calculé plus haut, gardez votre trésorerie pour les mois creux.